Tuesday, August 22, 2006

Mais pourquoi ils prennent tant de temps avant de se décider???

Cela fait maintenant quelques mois que mon équipe défend un projet audacieux, rénovateur, innovateur aussi, un projet genre "coup de pied dans la poubelle" ou "pavé dans la mare(marre)".
Au début on se disait que c'était tellement logique et plein de bon sens que nos arguments et présentations étaient quasi héroïques... "Nous allons vous expliquer comment il faut faire" ou "nous sommes les sauveurs de la société", écoutez les 'evangelists' comme on les appelle aux united-estates....

mais après trop de journées tardives, de réunions, de pénibles négociations, de voyages au pays de la semaine des 60 heures, de présentations peaufinées dans les moindres détails...qui ne sont même pas regardées, j'ai l'impression que nous sommes encore moins loin qu'avant le début, que les questions sont encore plus dénuées de sens que nous ne l'imaginions, que l'agressivité que nous avions pu adoucir refait surface genre "oh les moucherons, qui êtes vous pour nous dire ce que roi Lion doit faire ?" (à prononcer d'une voix husky de yakusa)

je remontai donc dans les tréfonds de la culture japonaise pour y trouver des indices, des signes qui me convaincrait que je ne faisais pas fausse route.
voici ce que j'y trouvai:

Les japonais chérissent cette valeur culturelle de l'orientation de groupe.
Les décisions se font par concensus de groupe plus que par l'autorité d'une personne.
Le concensus différe du compromis par le fait que chaque partie sort satisfaite de l'arrangement.

Si donc personne ne doit laisser de plumes dans l'histoire, toute répercussion possible d'une décision se doit d'être examinée et prise en compte.
On parle d'une approche holistique (grec holè qui signifie 'totalité') qui maintient l'harmonie au sein de l'organisation.
La responsabilité se distribue ainsi sur la tête de chaque personne incluse dans le processus de décision. Et au plus il y a de personnes responsabilisées, au moins de responsabilité l'on porte individuellement.
Les avantages sont la réduction de la résistance au changement lors de l'implémentation ainsi que la consolidation des relations de confiance.
Les dommages collatéraux sont que plus personne n'est vraiment responsable, et que le processus tend à s'allonger presque infiniment.

Quelle tactique choisir alors ?
*Patience! ce sera long, même si on est bon !
*Préparer quantité d'information détaillée à fournir en cas de demande (quand un japonais demande une chose, il s'attend à ce que vous ayez compris qu'il voulait plus, mais nous verrons cela un autre jour).
*Montrer qu'on est à fond dans ce qu'on défend, le but étant de renforcer la relation de confiance. Si nous montrons que nous voulons tout faire pour prouver nos dires et que nous y croyons dur comme fer, l'autre sentira notre volonté. Si nous continuons avec endurance, nous augmenterons sa confiance dans le bien fondé du projet.
*Utiliser des personnes-clés qui peuvent nous aider à influencer le processus de décision.
*Ne pas pousser pour des décisions rapides, ce serait les acculer dans leur long processus.
*Faire front uni, sans montrer de signe de découragement, de désaccord. Ce serait leur ajouter des "répercussions possibles à analyser".

Même si j'ai l'impression d'être actuellement le moucheron dans la fable de Jean de La Fontaine, je n'ai pas envie de finir comme lui dans la toile de l'impertinence...

Pour info:

« Va-t’en, chétif insecte, excrément de la terre ! »
C’est en ces mots que le Lion
Parlait un jour au Moucheron.
L’autre lui déclara la guerre.
« Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de Roi
Me fasse peur ni me soucie ?
Un bœuf est plus puissant que toi :
Je le mène à ma fantaisie. »
À peine il achevait ces mots
Que lui-même il sonna la charge,
Fut le Trompette et le Héros.
Dans l’abord il se met au large ;
Puis prend son temps, fond sur le cou
Du Lion, qu’il rend presque fou.
Le quadrupède écume, et son œil étincelle ;
Il rugit ; on se cache, on tremble à l’environ ;
Et cette alarme universelle
Est l’ouvrage d’un Moucheron.
Un avorton de Mouche en cent lieux le harcelle :
Tantôt pique l’échine, et tantôt le museau,
Tantôt entre au fond du naseau.
La rage alors se trouve à son faîte montée.
L’invisible ennemi triomphe, et rit de voir
Qu’il n’est griffe ni dent en la bête irritée
Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir.
Le malheureux Lion se déchire lui-même,
Fait résonner sa queue à l’entour de ses flancs,
Bat l’air, qui n’en peut mais ; et sa fureur extrême
Le fatigue, l’abat : le voilà sur les dents.
L’insecte du combat se retire avec gloire :
Comme il sonna la charge, il sonne la victoire,
Va partout l’annoncer, et rencontre en chemin
L’embuscade d’une araignée ;
Il y rencontre aussi sa fin.
Quelle chose par là nous peut être enseignée ?
J’en vois deux, dont l’une est qu’entre nos ennemis
Les plus à craindre sont souvent les plus petits ;
L’autre, qu’aux grands périls tel a pu se soustraire,
Qui périt pour la moindre affaire.

No comments: